Regard lointain ( conte)
Le soleil se levait sur le camp indien.
Soudain, un cri retentit.
Un bébé venait de naître.
Flèche-qui-vole écarta la peau de bison qui fermait le tipi et hurla :
- J’ai un fils !
A la nouvelle lune, on fit un grand feu.
Flèche-qui-vole présenta l’enfant aux anciens. Le bébé ouvrait deja grands les yeux devant les flammes.
Le vieux chef hocha la tête :
-Ce sera un grand chasseur.
Alors, les danses commencèrent…
Vent des Plaines, la maman, avait appelé son fils Regard lointain, à cause de ses yeux noirs,toujours grands
ouverts.
Mais bien vite elle s’aperçut d’une chose : son fils ne voyait pas.
Un soir, elle dit à son époux :
-Notre fils est aveugle.
Flèche-qui-vole entra dans une terrible colère. Puis il se calma et dit tristement :
-Mon fils ne sera jamais un grand chasseur !
Regard Lointain grandit . Il apprit à reconnaître ses amis en touchant leur visage.
Il montait même un poney gris tacheté et disait :
-Mon poney voit à ma place !
Le jour de ses sept ans, Regard Lointain dit à son père :
-Je veux participer à la course de la plume.
Flèche –qui-vole répondit, le cœur serré :
-Mon pauvre fils…Comment pourrais-tu rapporter une plume d’aigle ?
Regard Lointain insista tant que son père finit par accepter.
Le matin de la course, Regard Lointain monta sur son poney, comme les autresenfants.
Le vieux sachem brandit sa lance :
-Allez ! Et que le meilleur gagne !
Les petits cavaliers se mirent tous à hurler : You !You !You !
Regard Lointain chuchota à l’oreille de son poney :
-Vers la montagne, allez !
Et tandis que le vent fouettait sa chevelure, Regard Lointain pensait :
« Si je pouvais rapporter une plume d’aigle, mes parents seraient fiers de moi. »
Après une longue chevauchée, le poney s’arrêta.
Regard Lointain lui dit :
-Tu m’as mené au pied de la montagne. Je sens l’air frais qui descend des sommets.
Il sauta à terre et caressa son poney :
-Attends-moi ici !
Et Regard Lointain commença à grimper sur le sentier.
Il se disait, pour se donner du courage :
-Quand je serai en haut, j’entendrai venir les aigles. Je me cacherai et je leur volerai une plume.
Mais au fond de lui, il sentait bien que c’était impossible.
Pourtant, il continuait à monter.
Regard Lointain arriva enfin au sommet. Au dessus de lui, il entendit un
cri. Le vent lui apporta une odeur de plumes chaudes.
Il se dit : Je suis tout près d’un nid d’aigle !
Il se mit à tâtonner à la recherche d’une plume abandonnée. Mais il ne trouva que des brindilles et des petits
os.
Un second cri retentit.Puis ? le silence.
Le petit garçon pensa :
« C’était l’aigle.Il ne viendra jamais… »
Regard lointain allait redescendre quand il sentit un mouvement léger, tout près de lui. Il tendit la main et la
referma sur une chose inconnue.
Il la glissa dans son sac et se dit :
« Ce n’est pas une plume, mais tant pis. »
La nuit commençait à tomber, mais pour Regard Lointain, cela n’avait pas d’importance.
Il s’engagea sur le sentier avec prudence.
Quand il arriva en bas, il entendit un grondement sourd et lointain.Aussitöt ,il sauta sur son poney et
cria :
-Vite, rentrons !Il faut prévenir le sachem…
Au camp, aucun enfant n’avait rapporté de plume.
La maman de Regard Lointain s’inquiétait :
-Il fait presque nuit. Tous les enfants sont rentrés…
Flèche-qui-vole lui prit la main :
-Je sais. Mais notre fils doit rentrer seul, c’est la loi de la course…
Soudain, les enfants poussèrent des cris de joie : You ! You ! You !
Regard Lointain était de retour !
Le vieux sachem lui demanda :
-As-tu trouvé une plume ?
Regard Lointain sourit :
-Non, mais j’ai entendu les bisons !
Le lendemain, tout le clan partit à la chasse aux bisons.
Regard Lointain était sur son poney, derrière son père.
Sur la tête, il portait une plume d’aigle que le vieux chef lui avait offerte.
Avant de partir, il se retourna :
-Maman, n’oublie pas ce que je t’ai confié !
Vent-des-Plaines le regarda avec fierté, Regard Lointain serait un grand chasseur.
Elle retourna vers le tipi.
A l’intérieur, quelqu’un attendait : c’était le petit aigle que son fils avait trouvé.